06.04.2009

A propos de Katyn

Boris à Katyn.JPG Le film du réalisateur polonais Andezj WAJDA, dont le père fut lui-même une des victimes de cet épisode, est visible sur les écrans français. Curieusement, peu de promotion a été faite pour ce film déchirant qui relate l'un des aspects les plus noirs de la Seconde Guerre Mondiale.

Les victimes polonaises auraient-elle moins de valeur que d'autres ?

Et pourtant WAJDA est un réalisateur très connu et respecté par le milieu du cinéma.
La France serait-elle plus gênée que la Russie devant cette évocation ? Je m'interroge .

Je tiens toutefois à rendre un hommage posthume à Boris Nikolaïevitch ELTSINE pour le courage qu'il a eu en ouvrant non seulement le débat sur cette question, mais en mettant à disposition des historiens les archives soviétiques et en allant se recueillir devant le monument aux morts de Katyn.

il y avait de la noblesse dans ce geste, du Willy BRANDT à genoux à Yad Vashem. Et pourtant, Boris Nikolaïevitch pas plus que Willy BRANDT n'avaient la moindre raison de présenter les excuses de leurs peuples respectifs, n'étant aucunement impliqués dans les monstruosités de régimes qu'ils ont l'un et l'autre combattus.

Alors quand j'entends encore en France que Boris ELTSINE n'était qu'une brute gorgée de vodka, et que le Traktariste GORBATCHEV était un génie et parangon de démocratie, je ne peux laisser dire de telles inexactitides.

La Russie eltsinienne et démocratique d'aujourd'hui a bien soldé les comptes du stalinisme, et un film d'un cinéaste polonais relatant un épisode tragique de l'Histoire, applaudi dans un cinéma de Moscou, c'est bien une marque de maturité politique et démocratique du peuple russe.

30.04.2007

Adieu Slava !

medium_Rostro_2.jpg C'est la deuxième fois en une semaine que je rédige une note sur la disparition d'un illustre Russe.

Si Boris Nikolaïevitch ELTSINE méritait des obsèques nationales; c'est à des obsèques mondiales qu'aurait eu droit Mstislav Leopoldovitch. Mais sa simplicité et son sens de l'honneur qui lui faisait mettre l'Art au dessus des Hommes n'auraient pas supporté un travestissement de sa pensée et du sens de sa vie.

Le Génie de Bakou (sa ville de naissance) a décidé de partir dans sa 81ème année.

Assuré d'avoir pleinement recouvré tous les repères qui avaient fait sa vie. medium_Rostro_1.jpg Slava ROSTROPOVITCH n'était pas qu'un exceptionnel violoncelliste. Un génie à l'état pur. C'était un chef d'orchestre supra-humain. Et un chevallier de la Liberté.

Son archet était son glaive. Et lorsque qu'au nom du Droit, et de la morale, il décida de soutenir le combat d'Alexandr SOLJENITSYNE, en l'accueillant dans son foyer, c'est au péril de sa réputation, de sa famille et de ses libertés qu'il le fit. Sans hésiter.

Et la machine de l'odieux système soviétique, ( que tant de Français considéraient à cette époque comme un modèle ) tenta de le broyer. En le condamnant au ban, puis en lui retirant une partie de son identité au travers de la déchéance de sa nationalité soviétique.

Malgré la souffrance que lui infligea cette ignominie; il demeura profondément russe. Ses interprétations de CHOSTAKOVITCH, de PROKOFIEV ou de RACHMANINOV en attestent.

Installé à Paris, où j'eus la chance de le rencontrer (sujet d'un autre post), il triompha sur toutes les scènes. Créant pour la postérité le concours qui porte son nom.

Puis vint ce fameux 9 novembre 1989. Et Berlin.

L'infatigable combattant de la Liberté, conscient de cette formidable victoire qui venait de repousser l'arbitraire dont il avait été lui-même victime, dans les poubelles de l'Histoire et de l'Humanité, se rendit au pied du Mur, en pleine destruction, pour y improviser un concert en solo. Comme un simple musicien des rues.

Mais 1991 succédât à 1989, et la Liberté arriva en Russie. Et Slava l'exilé, redevint le héros de la Russie. Rétabli dans tous ses droits et honneurs, et citoyen d'honneur de la ville de Moscou.
Malade et sans illusions sur l'issue de ses traitements, c'est à Moscou qu'il décida d'être hospitalisé. Surmontant péniblement la sournoise maladie, il accepta de participer à la réception qu'organisa le Président POUTINE, au Kremlin, à l'occasion de son 80ème anniversaire.

Voir l'homme le plus puissant de Russie, soutenir avec respect et déférence, ce héros de la Liberté aurait pu émouvoir les "spécialistes" des Droit de l'Homme. Non, l'événement passa sous silence.

Et puis jeudi soir ! La dernière note, le dernier accord !

Slava Leopoldovitch avait décidé de ne pas revenir pour le dernier bis. Et, malgré son amour pour elle, ne réussit pas à réconforter Galina VISHNIEVSKAIA avant son départ.
Il repose désormais au monastère de Novodiévitchi, dans la paix éternelle. Aux côtés de tant de génies : CHOSTAKOVITCH, PROKOFIEV, CHALIAPINE ...

Do svidania Slava Leopoldovitch !

25.04.2007

Chers compatriotes; je vous demande pardon !

medium_Boris_6.jpgALLOCUTION DE BORIS ELTSINE, LE 31 DÉCEMBRE 1999, À LA TÉLÉVISION RUSSE • "Je vous demande pardon"

Chers compatriotes !
Le temps qui nous sépare d'une date magique de notre histoire est désormais compté. L'an 2000 arrive. Un nouveau siècle, un nouveau millénaire.
Nous avons tous rapporté cette date à nous-mêmes. Enfants, puis adultes, nous avons calculé l'âge que nous aurions en l'an 2000, l'âge qu'aurait notre maman, nos enfants. Comme ce Nouvel An nous semblait loin, à l'époque. Or voila que ce jour est arrivé.

Chers amis ! Bien chers tous !
C'est aujourd'hui la dernière fois que je vous présente mes voeux. Mais ce n'est pas tout. C'est aujourd'hui la dernière fois que je m'adresse à vous en tant que président de la Russie. J'ai pris ma décision au terme d'une réflexion longue et douloureuse. Aujourd'hui, en ce dernier jour du siècle finissant, je quitte mon poste.
J'ai souvent entendu répéter : "Eltsine se cramponnera au pouvoir par tous les moyens, il ne le cédera à personne." C'est faux. La question ne se pose pas ainsi. J'ai toujours affirmé que je suivrais la Constitution à la lettre, que les élections législatives devraient avoir lieu dans les délais prévus par la Constitution. C'est ce qui s'est passé. Et je désirais ardemment que l'élection présidentielle se déroule elle aussi au moment prévu, en juin 2000. C'était très important pour la Russie. C'était créer un précédent d'une importance extrême qui consistait à transmettre de façon volontaire, civilisée, le pouvoir d'un président de Russie à un autre nouvellement élu.
Néanmoins, j'en ai décidé autrement. Je m'en vais. Sans être parvenu au terme de mon mandat. J'ai compris que je devais agir ainsi. La Russie doit entrer dans le nouveau millénaire avec des personnalités politiques nouvelles, de nouveaux visages, des hommes nouveaux, intelligents, forts et énergiques. Tandis que nous, nous qui sommes au pouvoir depuis de nombreuses années déjà, nous devons nous effacer.
Voyant l'espoir et la foi avec lesquels les gens ont voté, lors des élections à la Douma, pour une nouvelle génération d'hommes politiques, j'ai compris que j'avais accompli mon oeuvre. La Russie ne reviendra jamais en arrière. Désormais, la Russie n'ira plus que de l'avant, et je ne dois pas entraver le cours naturel de l'Histoire. A quoi bon s'accrocher six mois de plus au pouvoir alors que le pays dispose d'un homme fort, digne d'être président, et avec lequel presque chacun d'entre vous associe désormais ses espoirs ? Pourquoi devrais-je l'embarrasser ? A quoi rimerait d'attendre encore six mois ?
Non, cela ne me ressemblerait pas ! Ce n'est pas dans mon caractère !
Aujourd'hui, en ce jour d'une exceptionnelle importance pour moi, je voudrais dire quelques mots plus personnels qu'à l'habitude. Je voudrais vous demander pardon. Parce que beaucoup des rêves que nous avions faits ensemble ne se sont pas réalisés. Et parce que ce qui nous paraissait simple s'est révélé cruellement pénible. Je vous demande pardon pour ne pas avoir justifié les espoirs de ceux qui croyaient que d'un seul coup, d'un seul bond, nous pourrions quitter la grisaille, la stagnation, le totalitarisme du passé pour aborder un avenir radieux, prospère et civilisé. Je l'ai cru moi-même. Il semblait que tout serait atteint d'un seul coup. Cela n'a pas été le cas. J'ai parfois été trop naïf. Certains problèmes se sont avérés trop complexes. Nous nous sommes frayé un chemin vers l'avenir qui a été pavé d'erreurs et d'échecs. Durant cette période difficile, de nombreuses personnes ont subi de grands chocs.
Mais je veux vous déclarer quelque chose. Je ne l'avais jamais dit. Aujourd'hui, il est important pour moi que vous sachiez que la douleur de chacun d'entre vous m'a fait souffrir aussi et a blessé mon coeur. J'ai passé des nuits blanches dans des affres terribles à me demander ce qu'il fallait faire pour que les gens aient une vie un petit peu plus facile et agréable. Je n'ai pas eu d'objectif plus important que celui-là.
Je pars. J'ai fait tout ce que j'ai pu. Je ne pars pas à cause de ma santé, mais en raison de tout un ensemble de circonstances. Une nouvelle génération prend ma relève, une génération qui pourra faire plus et mieux.
Comme le prévoit la Constitution, avant de quitter mon poste, j'ai signé un décret qui remet les pouvoirs de président de Russie au chef du gouvernement, Vladimir Vladimirovitch Poutine. Durant trois mois, conformément à la Constitution, ce sera lui le chef de l'Etat. A l'expiration de ce délai, comme le dit, encore une fois, la Constitution de Russie, une élection présidentielle sera organisée.
J'ai toujours été convaincu de l'étonnante sagesse des Russes. C'est pour cela que je ne doute pas du choix que vous ferez à la fin du mois de mars 2000. A l'occasion de ces adieux, je voudrais dire à chacun d'entre vous : soyez heureux. Vous avez mérité le bonheur. Vous avez mérité le bonheur et la tranquillité.
Chers tous ! Bonne année ! Bon siècle à venir !

Adieu Boris Nikolaïevitch

medium_Boris_5.jpg
Pendant que j'écris ces quelques mots, je garde un oeil sur la télévision qui montre la cérémonie de funérailles de Boris Nikolaïevitch.
Depuis lundi, nombreux sont mes amis, comme mes relations qui m'envoient des messages de condoléances après avoir appris la disparition de Boris.
Ce n'était pas un ami, ni un membre de ma famille mais j'avais eu l'occasion de le rencontrer alors qu'il n'était pas encore Président de la RSFSR (voir la photo dans mon album).
Après, le destin en a fait l'un des personnages les plus puissants de la planète, et bien sûr, je ne l'ai plus jamais revu.
Mais je lui écrivais, et son secrétariat me répondait avec quelquefois une petite phrase manuscrite.
J'ai gardé le souvenir d'un homme jovial, mais déterminé et courageux. Un homme ouvert d'esprit.
Bref, le contraire de ce que la presse a voulu faire croire au Monde entier.

Lorsqu'il a sauvé la Russie d'un retour vers la glaciation brejnevienne en août 1991, alors que GORBATCHEV, le chouchou des média occidentaux était otage des Communistes, il a engagé le pays dans une voie grâce à laquelle tant de ceux qui le critiquèrent ensuite, ont pu exister et s'exprimer.

medium_Boris_3.jpg "J'ai la liste des comploteurs . Lisez !" dit Boris à un GORBATCHEV tentant de minimiser les événements d'août 1991, et de sauver une URSS moribonde.

Sa Présidence, qui suivit la chute de l'URSS et la fin de ce régime criminel, ne fut pas qu'une serie de succès. Si Boris Nikolaïevitch a bien compris qu'il fallait complètement refonder le pays, il n'a pas toujours bien choisi ses conseillers. Les Français ont contribué à l'aspect juridique (rédaction d'un code civil, définition d'un droit commercial etc...) Mais ce sont les Américains qui ont "conseillé" Boris, mais surtout sa famille, et qui ont créé la caste des Oligarques. Ces milliardaires qui se sont enrichis en achetant à vils prix les avoirs de la Russie.

Ces bandits de haut vol sont directement responsables de la ruine temporaire de la Russie. Et curieusement, la presse occidentale (qui décidément ne comprendra jamais rien) les présente comme des "victimes de l'autocrate POUTINE"

C'est Boris Nikolaïevitch qui a repéré Vladimir POUTINE et l'a jugé digne de lui succéder. Et, contrairement à ce qu'a raconté la presse, POUTINE n'a pas protégé les intérêts obscurs de la "Famille" et des Oligarques, mais les a combattus. Voilà pourquoi, en partie, la Russie se redresse et rattrape le retard des années "Eltsine"

Une dernière chose qui me revolte, c'est cette constante obsession de la presse occidentale de présenter Boris Nikalaïevitch comme une éponge à vodka.
D'abord, boire de la vodka en Russie, cela n'a rien d'anormal, et en cela BNE était proche et compris de son peuple. Mais alors, pourquoi ne pas avoir considéré avec autant de virulence que Bill CLINTON n'était qu'un séducteur ?

Avec la disparition de Boris Nikolaïevitch, un monument de la Russie part vers une autre existence .

P.S dans une autre note, je reproduis intégralement l'allocution de Boris Nikolaïevitch du 31 décembre 1999 . Que certains "grands démocrates" s'en inspirent

22.08.2006

19 août ; 15 ans après !

medium_Maison_Blanche.jpg

19 août 1991, La Russie retient son souffle. Alors que la star des media occidentaux : Mikhail GORBATCHEV est en vacances en Crimée, une bande de nostalgiques de l'URSS de Brejnev et de Staline tente un coup d'état.

Mais les Russes n'en pouvaient plus de ce système, même si les réformes de GORBATCHEV avaient poussé nombre d'eux (les retraités en particulier) à la ruine .

Et voilà que courageusement, Boris Nikolaievitch ELTSINE, décide de défendre le peuple soviétique, et russe en premier, contre un retour en arrière.
Pour la première fois dans ce vaste pays, une révolution fondamentale se passe dans la paix . Les chars sont bien là. Mais ils servent de tribune au Président de la République Socialiste Fédérative de Russie.
Et l'ours de l'Oural signe les décrets (en russe : Oukase) en s'appuyant sur les menaçantes tourelles qui restent muettes.

Il faut beau à Moscou en ce 19 août 1991, et pour une fois on circule bien sur le Kolsto (boulevard circulaire)
Le Père IAKOUNINE est au balcon de la Maison Blanche, et la VRAIE Russie est de retour dans sa capitale.

Un décret du Président ELTSINE rend le Parti Communiste de l'URSS organisation illégale, et le siège est mis sous scellées. Les stautes de Lénine et (SURTOUT( de DZERJINSKI sont démontées dans la joie.

Depuis cette folle nuit du 9 novembre 1989, on n'avait pas vécu de changements aussi symboliques à l'Est.

Aujourd'hui, qui s'en souvient ? Certainement pas les media occidentaux qui n'avais (une fois de plus) rien compris à ce qui se passait à Moscou. ne parlons même pas de la pitoyable intervention télévisée de François MITTERRAND qui déclarait fièrement, une lettre de IANAIEV (le chef des putshistes) en main, que le coup d'état avait réussi !

Qui s'en souvient donc ?

Les Russes qui se sont vite habitués aux nouvelles libertés ét oublient à qui ile les doivent ?
GORBATCHEV qui rumine du fond de sa Fondation, sa rancoeur d'avoir été évincé quelques mois plus tard ?
Les Français, qui pour la plupart n'ont toujours rien compris aux subtilités de la Russie ?

Oui il y a des gens qui s'en souviennent.

L'auteur de ses lignes n'a rien oublié de ces heures tragiques
Vladimir POUTINE, qui doit son accession au pouvoir à Boris ELTSINE et à Anatoly SOBCHAK (Maire réformateur de St Peterbourg)
Les Communistes français, qui ont vu sur leurs écrans s'écrouler leur idéal
Et toutes celles et ceux qui ont pris un immense plaisir à voir les statues de LENINE rejetées dans les poubelles de l'Histoire.

Oui ce 19 août 1991 fut une date dans l'Histoire .