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Entretien avec Nicolas DHUICQ, de retour de Crimée

Nicolas DHUICQ est député de la première circonscription de l'Aube, Membre de la commission de la défense nationale et des forces armées, secrétaire du groupe d'amitié parlementaire France-IMG_5010.JPGRussie.

Il siège à l'Assemblée Nationale dans le groupe "Les Républicains" et appartient au mouvement : la Droite Populaire.

Maire de Brienne-le-Château (Aube)

Il se rend régulièrement en Russie et soutient avec Thierry MARIANI la levée des sanctions contre la Russie.

Question : Nicolas DHUICQ vous êtes député (Les Républicains) de l' Aube et vous revenez d'une visite très controversée conduite par Thierry MARIANI en Crimée, avec une escale à Moscou naturellement.

Cette mission a été critiquée de manière complètement hystérique par la presse, relayée par la classe politique, et réciproquement bien que l'on ne sache plus qui relaye quoi, aujourd'hui. En tant que psychiatre, cette hystérie collective vous évoque-t-elle quelque chose ? 

crimée, russie, parlementNicolas DHUICQ : Ca m'évoque surtout l'ignorance, et un prêt-à-penser qui est transmis pré-digéré à l'ensemble des décideurs politiques et médiatiques et qui est répété à l'infini. C'est du psittacisme en termes savants si l'on veut. Mais c'est surtout le manque de connaissance historique qui me semble être l'essentiel de la question. A savoir l'ignorance de la protection que la Russie a représenté au Moyen-Âge par rapport aux invasions mongoles et à partir du moment où l'on n'a pas cette notion en tête on est prêts à céder à une vision de la Russie comme d'un objet extérieur, menaçant, bizarre, au mieux excentrique, incontrolable et dangereux.

Je crois que notre travail c'est ça essentiellement, c'est de faire comprendre que la Russie fait partie de l'Europe et qu'il n'y aura pas d'Europe sans la Russie.

Question : Nous sommes ici à l'Assemblée Nationale, à deux pas du pont Alexandre III, qui est l'un des plus beaux symboles de l'amitié franco-russe. Comment en sommes-nous arrivés à la situation d'aujourd'hui ? A cette critique permanente et violente, cette russophobie qui a pour conséquence les dégâts que vous allez sans doute nous décrire ?

Nicolas DHUICQ : Je pense qu'il y a plusieurs mouvements. D'abord je vois dans ma propre expérience; je suis né au moment où existait encore le mur de Berlin. Donc nous avions une menace réelle d'une percée des chars soviétiques dans la trouée de Fulda au cours d'une offensive éclair dont on sait tres bien que par exemple en Allemagne de l'Est les médailles ont été frappées pour une campagne à l'Ouest. Et certains sont restés dans cette période, surtout parmi nos ainés. Ils n'ont pasIMG_5006.JPG compris que la Russie était un pays développé, que c'était un pays européen, ils sont restés dans cette idée d'affrontement entre deux blocs. 

Le deuxième facteur c'est que c'est un rève français d'avoir une "Europe-puissance" et je me suis apperçu progressivement en prenant de l'âge que ce rêve n'était pas partagé par les Allemands, par les Italiens, par les Néerlandais et qu'en fait nous avions une construction européenne qui est une construction Wilsonienne c'est à dire totalement à la solde de la puissance, de l'Imperium américain. 

Aujourd'hui nous n'avons pas de diplomatie, européenne bien sûr, mais ce qui est plus grave c'est que la France n'a plus de diplomatie autonome, nous sommes les zélites de l'empire américain et nous n'avons plus de pensée autonome. C'est ça qui me semble le plus grave pour l'avenir.

Question : Vous venez de souligner le manque de diplomatie européenne et de diplomatie française, il se trouve que des pays satellites de l'Empire américain tels que la Pologne, la Lettonie ont fermement critiqué votre présence en Crimée. Comment vous, en tant que parlementaire français, élu de la nation française percevez-vous ce genre d'ingérence dans la diplomatie française ? Qu'elle soit d'origine gouvernementale, ou dans la cas de votre mission, d'origine parlementaire ?

Nicola DHUICQ : Il y a plusieurs niveaux de lecture. Le premier niveau de lecture c'est votre question elle-même. Je dirais c'est leur problème, ce n'est pas le mien. Ils peuvent dire ce qu'ils veulent ça n'atteindra pas mon indépendance d'esprit. 

Le deuxième niveau de lecture c'est que je ne comprends pas la diplomatie de Varsovie. Je pense que Varsovie aurait tout intérêt et tout à gagner à continuer sa collaboration avec la Fédération de Russie et à partager une zone d'influence sur ce que l'on appelle aujourd'hui l'Ukraine. Dont on sait historiquement qu'elle en a occupé une grande partie lorsque le grand duché de Lituanie est tombé dans l'escarcelle des rois de Pologne.

On sait aussi qu'à Maïdan les services secrets polonais étaient à l’œuvre. Cette diplomatie polonaise, pour moi, se trompe parce qu'elle est totalement inféodée à Washington. Complètement paranoïaque puisqu'elle ne voit de la Russie que l'aspect menaçant et envahissant. J'ai la sensation que les Polonais sont restés au stade de la Guerre Froide et font tout pour repousser le plus loin possible les frontières de la Fédération de Russie au lieu de comprendre qu'ils ont tout intérêt à travailler avec. Pour ce qui est des pays baltes, leur histoire -on le sait-est différente. Pour ce qui est de la Lituanie, là nous sommes sur des terres de culture différente de la terre russe. Je pense qu'il y  a là la mémoire (évidemment) de la possession russe du territoire. Le pays est petit et a la volonté de se créer une histoire nationale, d'autonomie et d'indépendance. Et c'est tout le problème de la construction européenne qui mèle des états-nations qui ont eu des empires coloniaux comme la France et le Royaume Uni, avec des états de plus petite taille, ayant des histoires d'indépendance beaucoup plus limitées, souvent des dépendances d'autres grands centres de puissance. Ce qui fait que nos logiques sont complètement différentes. Je pense que les Baltes sont encore dans un complxe d'infériorité qui les rend agressifs à l'égard de la Russie. 

Question : Vous revenez donc de Crimée où vous avez effectué votre premier voyage. Quelles ont été vos premières impressions ? Car la presse a parlé d'un voyage "Potemkine", mais qu'en avez-vous ressenti personnellement ? En outre, votre délégation était conduite par Thierry MARIANI qui est sans conteste un grand connaisseur de la Russie et le député représentant les Français résidant en Russie. La vision est complètement différente par rapport à une personne qui visite la Russie pour la première fois. 

Nicolas DHUICQ : Il y a plusieurs réponses. La première est , je dirais, presque sensuelle, car je me suis senti dans la partie sud comme en Corse. Avec la chaleur, la mer, le soleil, la rencontre de la mer et de la montagne. Des fruits et des légumes extraordinaires en qualité et en goût. Une cuisine que je qualifie de "géorgienne" mais qui est en fait due à l'influence turque. Une cuisine extraordinaire pleine de saveurs, des vins madèrisés. Bref déja la satisfaction des sens et c'est tres important. Deuxièmement pour ce qui est des gens, un accueil ouvert, direct, sans retenue et cette générosité du coeur de l'âme russe. Et pour ce qui est des critiques par rapport à ces rencontres, je vois mal comment le pouvoir local en place aurait pu recruter autant d'enfants, de grand-mères, de parents disponibles pour nous rencontrer. Et les discours étaient unanimes, et c'est le troisième point. le discours qui ressort c'est que les gens sont content d'être en paix, et très heureux d'être revenus dans le giron de la Fédération de Russie. Et cette définition, n'est pas une définition ethnique puisque nous avons rencontré des Tatars; il y avait certainement dans la population des gens qui pouvaient se déclarer ukrainiens. Je pense que l'immense majorité de la population ne souhaitait qu'une chose, c'est de revenir dans l'ordre et la paix avec la prospérité qu'apporte la Fédération de Russie. 

Et quatrièmement, et lorsque nous nous sommes déplacés à l'intérieur des terres nous avons vu effectivement les richesses agricoles. Nous avons vu que les paysages étaient à peu près préservés, mais qu'il y avait sans doute d'importantes opportunités pour des entreprises françaises en particulier en matière de traitement des déchets. Nous avons vu malheureusement une décharge à ciel ouvert. Et aussi en matière d'infrastructures. Et j'ai la sensation en tant que maire moi-même que les routes n'ont pas été entretenues pendant 10 ans. C'est à dire pendant la période au cours de laquelle l'Ukraine a eu un gouvernement qui se voulait indépendant.Pour preuve de tout cela, aujourd'hui les trois langues sont langues officielles : Ukrainien, Russe et Tatar.

Donc globalement une population apaisée, et heureuse d'être revenue en Russie.  

Question :Vous êtes député d'un département essentiellement agricole et vous venez de mentionner la production agricole de la Crimée. Comment avez vous perçu l'effet des sanctions ridicules qui pèsent sur la Russie depuis la Crimée ? 

Nicolas DHUICQ : Je pense qu'il y a là aussi plusieurs niveaux qui dépendent du pouvoir d'achat des populations concernées. Pour les plus aisés c'est le regret et la difficulté de ne pas pouvoir acheter de bons produits français. Dans la population en général je n'ai pas vu de souffrance particulière ce qui fait que la Fédération de Russie fait de gros efforts d'autonomisation pour ce qui est des produits alimentaires et puis naturellement va chercher des débouchés et des fournisseurs ailleurs. Le bilan de l'opération c'est que notre agriculture qui souffre déjà terriblement est en train de perdre des marchés et elle les perdra, je le crains, définitivement. 

C'est ça qui m'inquiète. Je viens d'une terre où il y a des suicides d'exploitants agricoles presque toutes les semaines. Des exploitants qui sont pressurés par un triple facteur : La nouvelle politique agricole commune qui redonne le pouvoir aux régions comme les landers allemands qui adaptent comme ils le souhaitent les règlements européens.

Deuxièmement la loi de 2014 de M LE FOLL qui est faite pour favoriser d'autres productions que celles de ma région. 
Et troisièmement enfin je redoute les effets à venir du traité de libre-échange transatlantique qui vont être catastrophiques. Et enfin il y a un autre point qui est beaucoup plus récent dans l'actualité, et je me suis battu ici, dans l'hémicycle contre qui est le délétère traité de libre échange entre l'Union Européenne et l'Ukraine et entre l'Union Européenne et la Géorgie.  Pour ce qui est de l'Ukraine, je redoute l'arrivée massive de produits ukrainiens produits dans des conditions sanitaires qui ne sont pas les nôtres.

Paradoxalement, ceux-là même qui veulent les sanctions et imposent à nos agriculteurs des normes totalement folles,et inatteignables économiquement sont ceux qui vont tuer l'agriculture française en faisant venir des produits de moins bonne qualité d'Ukraine.  Nous aurions tout à gagner dans le domaine agricole à lever les sanctions. 

Question : Vous êtes député du groupe du mouvement "Les Républicains" présidé par Nicolas SARKOZY, comme la majorité de la délégation. N'est-ce pas paradoxal que ce soient des députés plutôt classés à droite de se rapprocher de la Russie alors que les thuriféraires socialistes de l'ancien système soviétique se prostituent en adoptant systématiquement les positions américaines ?

Nicolas DHUICQ : Non je ne pense pas qu'il y ait de paradoxe. C'est ainsi que l'Histoire a souvent fonctionné, les Socialistes désarment, détruisent les industries d'armement et se lancent dans des guerres. Nous avons une multitude d'opérations extérieures aujourd'hui. En ce qui concerne le Mali, je pense qu'on ne pourra jamais faire de ce pays un véritable état-nation . On aurait dû favoriser le fédéralisme et de déléguer aux Touaregs la gestion de ce qu'on appelle maintenant la banque Sahélo-sahélienne. C'est la même lecture pour ce qui est de la Fédération de Russie : une absence totale de vision, une absence de culture et je crois que la Russie pose un problème qui n'est pas verbalisé à ces gens, c'est que le Président POUTINE reprend l'héritage des tsars, remet en place le prestige de la Russie, et on l'a vu par exemple avec la parade de la Garde au Kremlin, et veut revenir dans l'Histoire. Et ceci inquiète, car cela signifie que l'Histoire n'est pas linéaire, c'est à dire que c'est comme si en France on admettait de revenir sur certaines violences que la Révolution Française a cautionné et reprendre l'héritage des rois. 

Et ce fait que l'Histoire n'est pas forcément  linéaire, et que l'on peut reprendre des éléments du passé naturellement remet profondément en cause des dogmes et la doxa des personnes que l'on dit "à gauche". Non pas les électeurs, mais les hiérarques de ces partis. Pour eux c'est une remise en question profonde de leur inconscient. Pour moi c'est l'une des raisons qui est à la source de cette détestation, de cette haine de la personne du Président POUTINE.

Question : Une dernière question en relation avec tout cela. Se déroulent actuellement à Kazan (République du Tatarstan) les championnats du monde de natation, plongeon, water-polo, natation synchronisée ... depuis vendredi 24 juillet. Nous sommes aujourd'hui mardi 28 juillet, et jusqu'à présent aucun média princicipal n'a fait mention de cet événement mondial. Les épreuves ne seront retransmises que par Canal+ Sport (payant) et France 2 à partir du 2 août. N'assistons-nous pas à une volonté délibérée d'ignorer un événement sportif de cette importance justement parce qu'il se déroule en Russie ?

Nicolas DHUICQ : Certainement, et cela participe à ce que j'expliquais tout à l'heure, c'est que nous retrouvons aujourd'hui une réthorique selon laquelle la Russie serait un pays étrange, angoissant, où les gens vivraient tous sous le seuil de pauvreté, qu'il n'aurait aucune économie, et qu'il n'y aurait aucune liberté de parole ni de pensée. Et on retrouve là et c'est assez surprenant si l'on a un regard trop rapide, mais éclairons en nous inspirant de l'expérience de l'Histoire, je retrouve là des éléments de la propagande nazie et de la justification de la seconde guerre mondiale. 

Je trouve que l'on a à nouveau, évidemment avec un langage plus apaisé, dans la même procédure intellectuelle.

                                 

                                             

 

 

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